Écriture et raison selon Husserl

 

En 1962, Derrida propose une traduction de L’origine de la géométrie de Husserl , texte de 42 pages qu’il fait précéder d’une « Introduction » de 168 pages. Deux objets sont ainsi proposés en même temps aux lecteurs français : la position de Husserl sur la question, et la manière dont Derrida le lit en soulignant le paradoxe de cette position, soulignement qui inaugure en fait une position nouvelle, toute proche en un sens, mais bien différente aussi.

En simplifiant, on pourrait présenter la position de Husserl ainsi : l’origine de la géométrie est la Raison et non l’empiricité. Il s’agit donc de penser l’histoire des idées, géométriques en particulier, autrement que de façon empirique. Elle est alors la restitution dans l’advenu de ce qu’il peut y avoir de Raison constituante : il s’agit de retrouver dans la Raison advenue ce qui tient à la Raison originaire. C'est ainsi à travers la répétition, la communication verbale, la frappe formulaire par l’écrit, la systématisation que se constitue la Raison effective (qui fait la science), effectuation de la Raison principielle (qui fait l'idéalité originaire).

Husserl accorde alors à l'écriture univoque une place plus décisive qu'auparavant : elle n'est pas simple circonstance factuelle favorable, mais est nécessaire au devenir science. Mais quel est alors son statut phénoménologique ?

La distinction entre l'idéalité (originelle) et la science (constituée) permet à Husserl de conserver à l'écriture un rôle second. Mais si cette distinction devait être inquiétée, le statut de l'écriture en serait changé.

Husserl distingue d'abord les deux termes et souhaite ensuite retrouver leur solidarité. Derrida cherche à appréhender ces deux exigences en tentant de faire advenir la distinction à partir de la solidarité, au sein de la solidarité : l'origine est toujours différée. Il appelle alors Différence ce qui est chez Husserl distinction-solidarité. Cette dénomination qui rassemble les exigences de la position de Husserl inaugure en fait un nouvelle position, où l'écriture acquiert un nouveau statut.

 

La nuit des signes

L'Origine de la Géométrie de Husserl, que traduit Derrida en 1962, fait un pas supplémentaire dans la reconnaissance du rôle constitutif de l'écriture dans l'élaboration de la science, même si cette élaboration reste encore pensée comme seconde par rapport à l'intuition originaire de l'idéalité.

Cette écriture a pourtant un statut tout-à-fait singulier : la phénoménologie y côtoie son dehors puisqu'elle requiert les signes d'écriture même quand ils ne sont considérés par personne : dans la nuit, dans la mort.

---------------

Mise à jour

Une première version de ce texte voulait montrer en 2009 à la fois :

- l'importance que Husserl accorde finalement à l'écriture dans L'origine de la géométrie,

- la place seconde qu'elle conserve toutefois,

- la peut-être trop grande généralité de l'écriture considérée,

- la manière dont la présentation de L'origine de la géométrie par Derrida prépare De la grammatologie.

La nouvelle version (2015) cherche à mieux séparer ces considérations.

PDF La nuit des signes : écriture et raison selon Husserl et Derrida (7 pages)