Lectures

Quelques articles, ou recueils, ou ouvrages apportent des éclairages sur l'histoire des développements de l'alphabet.

 

Alphabet halaHam (Octobre 2015)

A propos de l'alphabet selon l'ordre halaHam, un tesson de poterire (ostracon) datant de -1500 et de provenance égyptienne, découvert il y a une vingtaine d'annnée, vient d'être partiellement déchiffré, repoussant de deux siècles l'attestation de l'ordre halaHam, et confortant le lien avec l'écriture égyptienne. Il n'y a cependant pas continuité pure et simple entre ces écritures.

"HalaHam on an Ostracon of the Early New Kingdom?", Ben Haring, Journal of Near Eastern Studies, Vol. 74, No. 2 (October 2015), pp. 189-196

Présentation de l'article.

Ben Haring

Outre le renforcement du rapport à l'Egypte, la lecture du document apporte encore des éléments sur le problème de l'ordre des lettres, que l'on pouvait croire jusque là lié à la transposition cunéiforme. Pour la forme halaHam au moins, cet ordre est désormais attesté plus tôt.

 

Les alphabets du Fayoum (2007)

Plaque de cuivre du Fayoum

cuivre

Dos de la plaque de cuivre de Würzburg aux rayons x

Dans "Les alphabets du Fayoum", Kadmos. 46, pp. 15–38, 2007 (disponible en ligne), Claude Brixhe examine des documents étonnants, des plaques de cuivre trouvées en Egypte présentant de multiples réitérations de l'abécédaire grec le plus élémentaire en un sens puisqu'il reprend simplement les 22 caractères phéniciens (sans même le upsilon donc, ce qui est très singulier). Mais s'il est premier en ce sens logique, il ne l'est pourtant pas chronologiquement, puisque la forme de certains caractères est bien plus tardive.

"nous sommes en présence d’un alphabet archaïque, remontant au moins au milieu du IXe siècle (§ 4) et recopié au IVe ou IIIe siècle."

Cette étrangeté n'est pas sans poser de sérieux problèmes d'interprétation. C'est alors la fonction magique des tablettes qui est invoquée :

"Nos plaquettes de cuivre ont donc quelque chance d’avoir été trouvées en contexte funéraire, où elles avaient sans doute une valeur amulettique."

L'article donne aussi l'occasion à l'auteur de prendre position sur la manière dont Woodard envisage la transition chypriote de l'écriture phénicienne à l'alphabet grec.

"L’hypothèse de Woodard est en réalité sous-tendue par le mythe de l’origine unique : aujourd’hui tout nous oriente, pour l’origine et la diffusion, vers des centres multiples."

Cette position est à son tour argumentée par l'inutilité de l'hypothèse d'une adaptation savante : de simples ajustements (compris de façon structurale) suffisent.

Les neurones de la lecture, Stanislas Dehaene (2007)

Livre de neuroscience cette fois, et non d'histoire de l'écriture. Mais il touche à la compréhension de la diversité des écritures et de la singularité alphabétique, davantage qu'on ne le soupçonnerait d'abord.
L'ouvrage présente les avancées de la connaissance du traitement cérébral de l'écriture. Cela confirme et approfondit la différence bien connue entre deux manières de lire, dont les proportions variables selon les écritures permettent de les différencier.

« Lorsque nous lisons des mots rares, nouveaux, à l’orthographe régulière, voire des néologismes inventés de toutes pièces, notre lecture passe par une voie phonologique qui décrypte les lettres, en déduit une prononciation possible, puis tente d’accéder au sens. Inversement, lorsque nous sommes confrontés à des mots fréquents ou irréguliers, notre lecture emprunte une voie directe, qui récupère d’abord le mot et son sens, puis utilise ces informations pour en recouvrer la prononciation. La meilleure preuve de l’existence de ces deux voies nous vient de la neuropsychologie – l’étude des conséquences des lésions cérébrales. » p. 68.

On distingue ainsi la « dyslexie phonologique », qui rend difficile la lecture de mots rares qui ont pourtant une écriture phonologiquement régulière, de la « dyslexie de surface » qui rend difficile la reconnaissance de mots familiers mais à l’écriture phonétiquement irrégulière, comme le mot « femme ».

Et cette distinction dans les manières de lire rend compte de la diversité des systèmes d’écriture : « tous les systèmes d’écriture oscillent entre l’écriture des sens et l’écriture des sons. » p. 68

Une conférence de 2013 reprend le sujet :

Powell revisité (2006)

La proposition par B. B. Powell d'une mise au point de l'alphabet grec pour coucher Homère par écrit (dans Homer and the Origin of the Greek Alphabet en 1991) avait été durement remise en question par l'hypothèse de la transition chypriote présentée par Woodard en 1997.

Dans "Eastern Literacy, Geek Alphabet and Homer" (Mnemosyne 59, 2006, également disponible en ligne), S.-T. Teodorsson tente de marier les deux hypothèses, en suppossant des Eubéens apprenant l'alphabet à Chypre pour des raisons d'abord commerciales mais le rendant ainsi bientôt disponible à la mise par écrit des chants homériques pour égaler les pratiques lettrées proche-orientales.

 

Datation de l'écriture phénicienne (2005)

La question de la date de l'emprunt par les Grecs de l'alphabet phénicien est en grande partie inférée de la comparaison entre l'aspect des écritures : elle est donc fortement tributaire de la précision de la datation des documents phéniciens.

Or on leur a longtemps attribué un temps trop ancien estime désormais Benjamin Sass, dans une étude où il amende fortement ses travaux sur The genesis of the alphabet and its developpment in the second millenium B. C. (1985, 1988).

Dans The Alphabet at the Turn of the Millenium, 2005, il propose une estimation bien plus tardive des inscriptions du tombeau d'Ahiram en particulier (souvent pris comme référence majeure), en conformité avec le bol de Kefar Veradim qui ne peut être antérieur au -IXème siècle :

ce qui le conduit à une reconfiguration globale du paysage :

Une telle réorganisation s'accompagne d'une prise de distance à l'égard de l'abécédaire de l'ostracon d'Izbet Sartah :

« Non stratifié, mais venant d'un site occupé seulement au Fer I et au début du Fer II, l'ostracon d''Izbet Sartah ne peut être daté plus précisément que toute l'étendue de ladite période, à savoir environ 1150-850 BCE, même si cela est insatisfaisant. » (p. 45)

La même année l'auteur publie une autre auto-relecture de l'histoire de l'alphabet, concernant le deuxième millénaire cette fois : "The genesis of the alphabet and its development in the second millennium B.C.-twenty years later", De Kemi à Birit Nari 2 (2004-2005), p. 147-166, disponible en ligne.
Cette mise à jour prend en compte de la découverte de Wadi-el-Hol, en la situant toutefois beaucoup moins loin dans le passé. Sass estime en effet que l'on manque d'éléments décisifs au sein d'une large période -2000, -1300, et qu'une sobriété occamienne est dès lors bienvenue.

 

Wadi el-Hol (2005)

Publicaion en 2005 d'une étude sur une écriture à l'origine de l'alphabet, plus nettement en Egypte que les caractères proto-sinaïtiques : à Wadi-el-Hol, entre Abydos et Thèbes. "Two early alphabetic inscriptions from the Wadi el-Hôl: New evidence for the origin of the alphabet from the Western Desert of Egypt.", John Coleman Darnell, F. W. Dobbs-Allsopp, Marilyn J. Lundberg, P. Kyle McCarter, and Bruce Zuckerman, The Annual of the American Schools of Oriental Research, vol. 59.

La datation proposée est très ancienne (entre -1850 et -1700, et même au début de cette période), ce qui conduit à reculer également la datation des signes protosinaïtiques qui leur ressemblent.

 

Le chaînon manquant chypriote ? (Woodard, 1997)

Dans Greek Writing from Knossos to Homer: A Linguistic Interpretation of the Origin of the Greek Alphabet and the Continuity of Ancient Greek Literacy (1997), Roger D. Woodard argumente longuement en faveur de la localisation à Chypre de l'adaptation de l'écriture phénicienne en alphabet grec.

Carpenter en avait déjà fait l'hypothèse (1938) : disposant déjà de signes pour les voyelles /a/, /e/, /i/, /o/ et /u/, le syllabaire chypriote aurait servi de repère dans le passage de l'écriture cananéenne à l'alphabet grec. La combinatoire consono-vocalique grecque serait ainsi une synthèse entre le consonantisme phénicien et le vocalisme chypriote.

Woodard développe l'hypothèse en s'appuyant sur le cas des consonnes doubles, /ks/ et /dz/ en particulier, en rapport avec le découpage syllabique favorisé par le syllabaire. Ces raisons phonologiques montreraient mieux encore que les voyelles l'intermédiaire chypriote. L'adaptation aurait alors été savante, opérée par quelque "Panini égéen" (p. 246), faisant preuve d'une "perspicacité phonétique et phonologique sophistiquée" (p. 247).

L'hypothèse d'une telle influence est tout à fait recevable, mais est-elle décisive au point qu'on doive y voir un "chainon manquant" (selon l'expression de l'article "Phoinikeia grammata" de Woodard de 2014 dans A Companion to the Ancient Greek Language) ? Et impose-t-elle une intervention savante ? Pourquoi dans ce cas l'alphabet grec initial reste-t-il si semblable à sa source phénicienne, pourquoi si peu de bouleversements dans un premier temps ?
Et faut-il que cela se soit passé à Chypre ? La difficulté ancienne demeure alors : les Chypriotes ont gardé leur syllabaire propre bien longtemps après le temps de la mise au point de l'alphabet grec. S'il y a influence syllabique, il faut certes que cela ait eu lieu là où se rencontrent des locuteurs grecs, des scripteurs phéniciens et l'usage d'un syllabaire, mais faut-il chercher un point de rencontre, alors que les échanges sont si développés, alors que les pratiques se déplacent tant ? On peut imaginer qu'on soit influencé ici par quelque chose dont on sait qu'il se pratique ailleurs, et par un autre usage plus lointain encore, que l'on a eu l'occasion de rencontrer.

Phoinikeia grammata (1991)

Impossible de rendre compte de la richesse d'une telle somme (742 pages), constituée des actes du colloque Phoinikeia grammata : lire et écrire en Méditerranée, tenu à Liège en 1989. La table des matières :

Introduction

« Les phéniciens reconsidérés », S. Moscati

I. Genèse de l'alphabet phénicien

« L'alphabet phénicien : son origine et sa diffusion, de Samuel Bochart à Emmanuel de Rougé. trois siècles de recherhce XVIIe-XIXe s. », M. Delcor
« La tablette cunéiforme de Beth Shemesh, premier témoin de la séquence des lettres du sud sémitique », E. Puech
« Die Keilalphabete aus Ugarit », M. Dietrich
« Tradition orale et rédaction écrite au Proche-Orient ancien : le cas des textes mythologiques d'Ugarit », P. Xella
« Lire et entendre en ouest-sémitique », J. Teixidor

II. Lire et écrire en Méditerranée. En Phénicie et aux alentours

« The Uses of the Early Alphabet », A. R. Millard
« Linguistic Considerations on Phoenician Orthography, P. Swiggers
« L'écriture phénicienne en Cilicie et la diffusion des écritures alphabétiques », A. Lemaire
« Les scribes phénico-puniques », C. Bonnet
« Of Scribes, Scripts end Languages », J. C. Greenfield
« Remarques méthodologiques sur l'étude paléographique des légendes monétaires phéniciennes », J. Elayi
« Taoutas et l'invention de l'écriture chez Philon de Byblos », S. Ribichini
« Note ammonite III : Problemi di epigrafia sigillare ammonita », F. Israel
« Les hiéroglyphes de l'époque ptolémaïque », Ph. Derchain
« Rôle de la lange et de l'écriture syrique dans l'affirmaton de l'identité chrétienne au Proche-Orient », Fr. Briquel-Chatonnet

III. De l'alphabet phénicien à l'alphabet grec

« Les plus anciens objets inscrits en phénicien et en araméen retrouvés en Grèce : leur typologie et leur rôle », A. M. Bisi
« The Transfer of the Alphabet to the Greek : the State of Documentation », J.B.S. Isserlin
« "The Shadow Line". Réflexions sur l'introduction de l'alphabet en Grèce », M. G. Amadasi Guzzo
« De la phonologie à l'écriture.QUelques aspects de l'adaptation de l'alphabet cananéen au grec », Cl. Brixhe
« The Origins of the Alphabetic Literacy among the Greeks », B. B. Powell
« De l'oral à l'écrit : les bilinguisme des Phéniciens en Grèce », M.-Fr. Baslez, Fr. Briquel Chatonnet

IV. Lire et écrire. A Chypre.

« L'écriture syllabique à Chypre », Cl. Baurain
« Ecritures et sociétés à Chypre à l'Age du Fer », A.-M. Collombier
« The Advent of the Greek Alphabet on Cyprus : A Competition of Scripts », Th. Palaima
« Alcune considerazioni sulla tavoletta di Enkomi n° 1885 », M. Perna
« Syllabaire et alphabet au "palais" d'Amathonte de Chypre vers 300 av. J.-C. », Th. Petit

V. Lire et écrire. En Grèce.

« Survie de l'oralité dans la Grèce archaïque », J. Labarbe
« La scrittura delle donne », A. M. G. Capomacchia
« La lecture à voix haute. Le témoignage des verbes grecs signifiant "lire" », J. Svenbro
« Exékias apprend à écrire. Diffusion de l'écritur chez les artisans du Céramique eu VIe s. av. J.-C. », L. Rebillard
« Ecriture et identité culturelle. Les cités du Péloponnèse nord-oriental », M. Piérart
« Les oracles des Pisistratides dans le temple d'Athéna », M. Rocchi
« Aspects techniques et implications culturelles des adaptations de l'alphabet attique préliminaires à la réforme de 403/2 », L. Bodson

VI. Lire et écrire. En Méditerrranée occidentale.

« L'écriture étrusque. D'après les inscriptions du VIIe s. av. J.-C. », D. Briquel
« Lettres et illettrés dans la Rome antique. L'importance sociale, politique et culturelle de l'écriture », M. Dubuisson
« Les lettres grecques à Carthage », V. Krings
« The Phoenician Origin of the Early Hispanic Scripts », J. de Hoz
« Writing and Problems of Acculturation in Tartessos », C.G. Wagner
« Un abecedario greco su un ostracon di Mozia », G. Falsone, A.-G. Calascibetta

VII. Aujourd'hui

« Entre l'oral et l'écrit : le berbère », L. Galand
« L'hébreu : écriture et culture », M. Hadas Lebel

Conclusions :

« Lire et écrire en Méditerranée », P. Lévêque

 

Les savoirs de l'écriture en Grèce ancienne (éd. Marcel Détienne) (1988)

 

Les « savoirs de l’écriture » : il ne s’agit pas ce que nous savons de l’écriture grecque (l’écriture comme objet du savoir), mais des savoirs dus à l’écriture (les savoirs comme objets de l’écriture). L’écriture est envisagée comme « manière de penser » (10), produisant de « nouveaux objets », dont la table des matières donne un aperçu :

« L'écriture et ses nouveaux objets intellectuels en Grèce », Marcel Détienne

I. Le champs du pouvoir

« L'espace de la publicité et ses opérateurs intellectuels dans la cité », Marcel Détienne
« Au début de l'écriture politique : le pouvoir de l'écrit dans la cité », François Ruzé
« Solon et la voix de l'écrit », Nicole Loraux
« Aux origines de la codification écrite de la loi », Giorgio Camassa 

II. Du tribunal aux archives

« Marchands, économie et techniques d'écriture », Mario Lombardo
« Écriture et pratique juridique dans la Grèce classique », Alberto Maffi
« Discours écrit/discours réel chez Démosthène », Luciano Canfora
« Manières d'archivage et archives de cité », Stelle Georgoudi

III. Savoirs et objets

« La démonstration géométrique », Giuseppe Cambiano
« Inscrire la terre habitée sur une tablette. Réflexions sur la fonction de la carte géographique en Grèce ancienne », Christian Jacob
« Le style d'Hippocrate ou l'écriture fondatrice de la médecine », Jackie Pigeaud
« Vérité, tragédie et écriture », Charles Segal
« Le comédie face à l'écrit », Diego Lanza

IV. Platon en mal d'écriture

« Dans l'ombre de Thoth, Dynamique de l'écriture chez Platon », Mario Vegetti
« L'art platonicien d'avoir l'air d'écrire », Patrice Loraux

V. Entre le scripteur et les statues écrites

« J'écris, donc je m'efface. L'énonciation dans les premières inscriptions grecques », Jesper Svenbro
« Inscriptions archaïques sur les statues des dieux », Pietro Pucci

L'ouvrage n'a pas reçu l'écho qu'il méritait, paraissant au moment du reflux de la grammatologie : la critique de l'alphabétocentrisme de Gelb a atteint les travaux de Havelock et de Goody. L'introduction témoigne de cet embarras, voulant à la fois justifier les « possibilités nouvelles » offertes à l'intellect et refuser le « grand partage entre sociétés à tradition orale et sociétés à écriture ».

La statue de Tell Fekherieh (1982)

Etude (par Ali Abou-Assaf, Pierre Bordreuil et Alan R. Millard) d'une statue découverte en 1979, remarquable, à plusieurs titres :
- par sa double inscription en bon état : de face et de dos,
- par les deux langues : assyrienne et araméenne,
- par les deux écritures : syllabaire cunéiforme et alphabet (ou abjad) cananéen,
- par la date : milieu du -IXème siècle, ce qui constitue l'un des plus anciens documents araméens (la datation présente de plus l'intérêt d'être fiable),
- par sa provenance : Tell Fekherye, au nord-est de la Syrie, ce qui donne un témoignage de l'extension de l'écriture cananéenne plus éloigné du monde grec,
- par l'usage de matres lectionis : usage vocalique de consonnes (waw et yod surtout), à une période où l'on pense qu'apparaît l'alphabet grec.

 

Abécédaire d'Izbet Sartah, 1976

Un document exhumé en 1976 présente des caractères alphabétiques sur 5 lignes, la 5ème étant plus particulièrement encore un abécédaire.

Souvent conçu comme un travail d'écolier à cause de ce qui semble être des maladresses, c'est davantage sa datation qui fait son intérêt, puisqu'il pourrait remonter jusqu'à -1200. Cette datation haute est cependant controversée, et donc aussi les conclusions qu'on pourrait en dégager (voir Sass en 2008 plus haut).

Moshe Kochavi, “An Ostracon of the Period of the Judges from ‘Izbet Sartah,” Tel Aviv 4, 1977, 1-13

William H. Shea, "The 'Izbet Sartah Ostracon" Andrews University Seminary Studies, Vol. 28, No. 1, 1990, 59-86, disponible en ligne.