Lectures

Quelques articles, ou recueils, ou ouvrages apportent des éclairages sur l'histoire des développements de l'alphabet.

 

Avant les hiéroglyphes (juin 2017)

Découverte à Al-Khawi de figures qui allaient mener aux hiéroglyphes.

 

Deux marabouts dos à dos et un ibis chauve au milieu.
L'opposition des marabouts figure sans doute déjà la traversée du soleil dans le ciel du lever au coucher.
Le marabout figurera le ba, la capacité de mouvement, l'ibis chauve figurera le akh, la capacité de transformation.

La recherche est conduite par John Coleman Darnell, à qui l'on devait déjà les travaux sur les inscriptions de Wadi-el-Hol (voir ci-dessous, 2005).

 

Un article Sciences et avenir.

L'émission Carbone 14 avec Pascal Vernus

 

Les débuts de la philosophie, éd. André Lakset Glenn W. Most (2016)

 

Nouvelle édition bilingue des "fragments" des "présocratiques" (et davantage puisque Socrate y est joint). L'ouvrage actualise et réorganise les éditions antérieures, dont celle de Diels-Kranz, "DK" ayant été jusqu'ici la référence essentielle de la plupart des citations de ces auteurs.

 

Alphabet halaHam (Octobre 2015)

A propos de l'alphabet selon l'ordre halaHam, un tesson de poterire (ostracon) datant de -1500 et de provenance égyptienne, découvert il y a une vingtaine d'annnée, vient d'être partiellement déchiffré, repoussant de deux siècles l'attestation de l'ordre halaHam, et confortant le lien avec l'écriture égyptienne. Il n'y a cependant pas continuité pure et simple entre ces écritures.

"HalaHam on an Ostracon of the Early New Kingdom?", Ben Haring, Journal of Near Eastern Studies, Vol. 74, No. 2 (October 2015), pp. 189-196

Présentation de l'article.

Ben Haring

Outre le renforcement du rapport à l'Egypte, la lecture du document apporte encore des éléments sur le problème de l'ordre des lettres, que l'on pouvait croire jusque là lié à la transposition cunéiforme. Pour la forme halaHam au moins, cet ordre est désormais attesté plus tôt.

 

Les deux raisons de la pensée chinoise, Léon Vandermeersch (2013)

Cette étude de l'écriture chinoise permet de renouveler la conception habituelle de l'écriture, pensée comme transcription de la langue, visualisation de la parole.

La distance de l'écriture chinoise à la nôtre avait certes d'abord mené à parler d'idéographie, écriture d'idées et non de sons. Mais cette opposition avait été contestée par le fait que les écritures phonétiques écrivent des mots ici et que les idées sont tout de même portées par des mots là : il s'agit d'écriture de mots dans tous les cas. L'écriture n'aurait alors jamais été que transcription de l'oralité, au point que cela constituerait la caractérisation des véritables écritures, par différences avec de simples dessins. L'écriture serait ainsi essentiellement la transcription de la langue parlée : Visible speech (voir ci-dessous, 1989).

Léon Vandermeersch conteste cette réduction en repensant la notion d'idéographie dans le cas de la Chine. Il ne s'agit pourtant pas d'en revenir à la conception d'une écriture d'idées sans aucune médiation. Non pas sans médiation donc, mais avec une autre médiation que celle des mots : par l'intermédiaire des outils de divination, qui ne sont pas d'abord verbaux mais "graphiques". Les techniques de divination anciennes s'appuyaient en effet sur des sortes d'"équations divinatoires" dont la structure ne traduit pas la langue dite naturelle. Se sont ainsi forgés les cadres d'une pensée écrite qui n'est pas la transcription d'une oralité première.

Cette origine n'a certes pas empêché l'écriture chinoise de devenir de plus en plus une écriture de mots, ce qui permet de comprendre qu'on ait pu croire qu'elle n'est que cela. Ce que montre Léon Vandermeersch c'est le rôle de matrice de la pensée abstraite qu'a eu l'écriture chinoise quand elle n'était pas encore cela. La raison chinoise n'est ainsi pas logocentrique en sa formation. Cette autre manière de faire permet par retour de penser autrement la singularité du nœud grec qui lie l'écriture au discours (logos) en une "logique" singulière qui se prend pour universelle parce qu'il y est question d'universel.

Le titre de l'ouvrage mentionne "deux raisons" dans la mesure où le cadre donné par l'écriture ancienne a ouvert la possibilité du déploiement d'une autre écriture divinatoire mieux connue, qui a constitué le cadre symbolique de la pensée analogique ou "corrélative" de la Chine : le dispositif "algébrique" de la divination par l'achilée, que théorise le fameux Yi-king.

L'ouvrage est remarquable par l'ampleur de la perspective, qui permet de comprendre comment les caractérisations les plus différentes de l'écriture chinoise ont pu être proposées. Langue graphique d'abord, elle est devenue une logographie aujourd'hui. Entretemps s'est dévoppé le riche analogisme chinois.

L'étendue de la synthèse proposée offre plus largement encore un repère déterminant dans la réflexion générale sur l'écriture, puisque le problème grammatologique du rapport entre écriture et "raison" y trouve une autre configuration que dans le cas grec, proposée avec netteté.

 

Lire et écrire à Babylonne, Dominique Charpin (2008)

Ouvrage sur la diffusion des pratiques d'écriture et de lecture, par delà les seuls scribes de métier :

" Qui était alors capable de lire et d'écrire ? Pas uniquement des scribes professionnels : la connaissance de l'écriture était aussi le fait des élites. On a découvert des archives non seulement dans des temples ou des palais, mais aussi chez de nombreux particuliers, qui gardaient à domicile leurs " papiers de famille ". Les bibliothèques (ainsi celle d'Assurbanipal, à Ninive) n'étaient pas tant destinées à conserver le savoir de l'époque qu'à fournir des instruments de référence aux différents spécialistes de la religion (devins, exorcistes, chantres)." (quatrième de couverture).

 

"Les alphabets du Fayoum", Claude Brixhe (2007)

cuivre

Dos de la plaque de cuivre de Würzburg aux rayons x

Dans "Les alphabets du Fayoum", Kadmos. 46, pp. 15–38, 2007 (disponible en ligne), Claude Brixhe examine des documents étonnants, des plaques de cuivre trouvées en Egypte présentant de multiples réitérations de l'abécédaire grec le plus élémentaire en un sens puisqu'il reprend simplement les 22 caractères phéniciens (sans même le upsilon donc, ce qui est très singulier). Mais s'il est premier en ce sens logique, il ne l'est pourtant pas chronologiquement, puisque la forme de certains caractères est bien plus tardive.

"nous sommes en présence d’un alphabet archaïque, remontant au moins au milieu du IXe siècle (§ 4) et recopié au IVe ou IIIe siècle."

Cette étrangeté n'est pas sans poser de sérieux problèmes d'interprétation. C'est alors la fonction magique des tablettes qui est invoquée :

"Nos plaquettes de cuivre ont donc quelque chance d’avoir été trouvées en contexte funéraire, où elles avaient sans doute une valeur amulettique."

L'article donne aussi l'occasion à l'auteur de prendre position sur la manière dont Woodard envisage la transition chypriote de l'écriture phénicienne à l'alphabet grec.

"L’hypothèse de Woodard est en réalité sous-tendue par le mythe de l’origine unique : aujourd’hui tout nous oriente, pour l’origine et la diffusion, vers des centres multiples."

Cette position est à son tour argumentée par l'inutilité de l'hypothèse d'une adaptation savante : de simples ajustements (compris de façon structurale) suffisent.

 

Langues et écritures de la Méditerranée, dir. Rina Viers (2006)

Actes du Forum de 2001

Powell revisité (2006)

La proposition par B. B. Powell d'une mise au point de l'alphabet grec pour coucher Homère par écrit (dans Homer and the Origin of the Greek Alphabet en 1991) avait été durement remise en question par l'hypothèse de la transition chypriote présentée par Woodard en 1997.

Dans "Eastern Literacy, Geek Alphabet and Homer" (Mnemosyne 59, 2006, également disponible en ligne), S.-T. Teodorsson tente de marier les deux hypothèses, en suppossant des Eubéens apprenant l'alphabet à Chypre pour des raisons d'abord commerciales mais le rendant ainsi disponible pour la mise par écrit des chants homériques, afin d'égaler les pratiques lettrées proche-orientales.

 

Datation de l'écriture phénicienne (2005)

L'époque de l'emprunt par les Grecs de l'alphabet phénicien est en partie inférée de la comparaison entre l'aspect des écritures : elle est donc fortement tributaire de la précision de la datation des documents phéniciens.

Or on leur a longtemps attribué une époque trop ancien estime désormais Benjamin Sass, dans une étude où il amende fortement ses précédents travaux sur The genesis of the alphabet and its development in the second millenium B. C. (1985, 1988).

Dans The Alphabet at the Turn of the Millenium, 2005, il propose désormais une estimation bien plus tardive des inscriptions du tombeau d'Ahiram en particulier (souvent pris comme référence majeure), en conformité avec le bol de Kefar Veradim qui ne peut être antérieur au -IXème siècle :

ce qui le conduit à une reconfiguration globale du paysage :

Une telle réorganisation s'accompagne d'une prise de distance à l'égard de l'abécédaire de l'ostracon d'Izbet Sartah :

« Non stratifié, mais venant d'un site occupé seulement au Fer I et au début du Fer II, l'ostracon d''Izbet Sartah ne peut être daté plus précisément que toute l'étendue de ladite période, à savoir environ 1150-850 BCE, même si cela est insatisfaisant. » (p. 45)

La même année l'auteur publie une autre auto-relecture de l'histoire de l'alphabet, concernant le deuxième millénaire cette fois : "The genesis of the alphabet and its development in the second millennium B.C.-twenty years later", De Kemi à Birit Nari 2 (2004-2005), p. 147-166, disponible en ligne.
Cette mise à jour prend en compte la découverte de Wadi-el-Hol, en la situant toutefois beaucoup moins loin dans le passé. Sass estime en effet que l'on manque d'éléments décisifs au sein d'une large période -2000, -1300, et qu'une sobriété occamienne est dès lors bienvenue.

 

Wadi el-Hol (2005)

Publicaion en 2005 d'une étude sur une écriture à l'origine de l'alphabet, plus nettement en Egypte que les caractères proto-sinaïtiques : à Wadi-el-Hol, entre Abydos et Thèbes. "Two early alphabetic inscriptions from the Wadi el-Hôl: New evidence for the origin of the alphabet from the Western Desert of Egypt.", John Coleman Darnell, F. W. Dobbs-Allsopp, Marilyn J. Lundberg, P. Kyle McCarter, and Bruce Zuckerman, The Annual of the American Schools of Oriental Research, vol. 59.

La datation proposée est très ancienne (entre -1850 et -1700, et même au début de cette période), ce qui conduit à reculer également la datation des signes protosinaïtiques qui leur ressemblent.

 

Des signes pictographiques à l'alphabet, dir. Rina Viers (2000)

Actes du colloque de 1996

Le chaînon manquant chypriote ? (Woodard, 1997)

Dans Greek Writing from Knossos to Homer: A Linguistic Interpretation of the Origin of the Greek Alphabet and the Continuity of Ancient Greek Literacy (1997), Roger D. Woodard argumente longuement en faveur de la localisation à Chypre de l'adaptation de l'écriture phénicienne en alphabet grec.

Carpenter en avait déjà fait l'hypothèse (1938) : disposant déjà de signes pour les voyelles /a/, /e/, /i/, /o/ et /u/, le syllabaire chypriote aurait servi de repère dans le passage de l'écriture cananéenne à l'alphabet grec. La combinatoire consono-vocalique grecque serait ainsi une synthèse entre le consonantisme phénicien et le vocalisme chypriote.

Woodard développe l'hypothèse en s'appuyant sur le cas des consonnes doubles, /ks/ et /dz/ en particulier, en rapport avec le découpage syllabique favorisé par le syllabaire. Ces raisons phonologiques montreraient mieux encore que les voyelles l'intermédiaire chypriote. L'adaptation aurait alors été savante, opérée par quelque "Panini égéen" (p. 246), faisant preuve d'une "perspicacité phonétique et phonologique sophistiquée" (p. 247).

L'hypothèse d'une telle influence est tout à fait recevable, mais est-elle décisive au point qu'on doive y voir un "chainon manquant" (selon l'expression de l'article "Phoinikeia grammata" de Woodard de 2014 dans A Companion to the Ancient Greek Language) ? Et impose-t-elle une intervention savante ? Pourquoi dans ce cas l'alphabet grec initial reste-t-il si semblable à sa source phénicienne, pourquoi si peu de bouleversements dans un premier temps ?
Et faut-il que cela se soit passé à Chypre ? La difficulté ancienne demeure alors : les Chypriotes ont gardé leur syllabaire propre bien longtemps après le temps de la mise au point de l'alphabet grec. S'il y a influence syllabique, il faut certes que cela ait eu lieu là où se rencontrent des locuteurs grecs, des scripteurs phéniciens et l'usage d'un syllabaire, mais faut-il chercher un point de rencontre, alors que les échanges sont si développés, alors que les pratiques se déplacent tant ? On peut imaginer qu'on soit influencé ici par quelque chose dont on sait qu'il se pratique ailleurs, et par un autre usage plus lointain encore, que l'on a eu l'occasion de rencontrer.

The World's Writing Systems, ed. Peter T. Daniels (1996)

Un panorama des systèmes d'écriture dans le monde. L'ambition théorique synthétique se manifeste dans la partie introductive, appelée "Grammatology".

 

Νomima. Recueil d'inscriptions politiques et juridiques de l'archaïsme grec, Tome I : Cités et institutions, Henri Van Effenterre, Françoise Ruzé (1994)

Edition critique d'une sélection de documants épigraphiques archaïques précieux sur la polituque (Tome1) et le droit (tome 2), à l'exclusion de la religion.

 

Le tome I est disponible en PDF.

Le tome II est malheureusement plus difficle à acquérir ou consulter.

 

Phoinikeia grammata (1991)

Impossible de rendre compte de la richesse d'une telle somme (742 pages), constituée des actes du colloque Phoinikeia grammata : lire et écrire en Méditerranée, tenu à Liège en 1989. Table des matières :

Introduction

« Les Phéniciens reconsidérés », S. Moscati

I. Genèse de l'alphabet phénicien

« L'alphabet phénicien : son origine et sa diffusion, de Samuel Bochart à Emmanuel de Rougé. Trois siècles de recherhce XVIIe-XIXe s. », M. Delcor
« La tablette cunéiforme de Beth Shemesh, premier témoin de la séquence des lettres du sud sémitique », E. Puech
« Die Keilalphabete aus Ugarit », M. Dietrich, O. Loretz
« Tradition orale et rédaction écrite au Proche-Orient ancien : le cas des textes mythologiques d'Ugarit », P. Xella
« Lire et entendre en ouest-sémitique », J. Teixidor

II. Lire et écrire en Méditerranée. En Phénicie et aux alentours

« The Uses of the Early Alphabets », A. R. Millard
« Linguistic Considerations on Phoenician Orthography », P. Swiggers
« L'écriture phénicienne en Cilicie et la diffusion des écritures alphabétiques », A. Lemaire
« Les scribes phénico-puniques », C. Bonnet
« Of Scribes, Scripts and Languages », J. C. Greenfield
« Remarques méthodologiques sur l'étude paléographique des légendes monétaires phéniciennes », J. Elayi
« Taautos et l'invention de l'écriture chez Philon de Byblos », S. Ribichini
« Note ammonite III : Problemi di epigrafia sigillare ammonita », F. Israel
« Les hiéroglyphes de l'époque ptolémaïque », Ph. Derchain
« Rôle de la lange et de l'écriture syriaque dans l'affirmaton de l'identité chrétienne au Proche-Orient », Fr. Briquel-Chatonnet

III. De l'alphabet phénicien à l'alphabet grec

« Les plus anciens objets inscrits en phénicien et en araméen retrouvés en Grèce : leur typologie et leur rôle », A. M. Bisi
« The Transfer of the Alphabet to the Greeks : the State of Documentation », J.B.S. Isserlin
« "The Shadow Line". Réflexions sur l'introduction de l'alphabet en Grèce », M. G. Amadasi Guzzo
« De la phonologie à l'écriture. Quelques aspects de l'adaptation de l'alphabet cananéen au grec », Cl. Brixhe
« The Origins of the Alphabetic Literacy among the Greeks », B. B. Powell
« De l'oral à l'écrit : le bilinguisme des Phéniciens en Grèce », M.-Fr. Baslez, Fr. Briquel Chatonnet

IV. Lire et écrire. A Chypre.

« L'écriture syllabique à Chypre », Cl. Baurain
« Ecritures et sociétés à Chypre à l'Age du Fer », A.-M. Collombier
« The Advent of the Greek Alphabet on Cyprus : A Competition of Scripts », Th. Palaima
« Alcune considerazioni sulla tavoletta di Enkomi n° 1885 », M. Perna
« Syllabaire et alphabet au "palais" d'Amathonte de Chypre vers 300 av. J.-C. », Th. Petit

V. Lire et écrire. En Grèce.

« Survie de l'oralité dans la Grèce archaïque », J. Labarbe
« La scrittura delle donne », A. M. G. Capomacchia
« La lecture à voix haute. Le témoignage des verbes grecs signifiant "lire" », J. Svenbro
« Exékias apprend à écrire. Diffusion de l'écritur chez les artisans du Céramique au VIe s. av. J.-C. », L. Rebillard
« Ecriture et identité culturelle. Les cités du Péloponnèse nord-oriental », M. Piérart
« Les oracles des Pisistratides dans le temple d'Athéna », M. Rocchi
« Aspects techniques et implications culturelles des adaptations de l'alphabet attique préliminaires à la réforme de 403/2 », L. Bodson

VI. Lire et écrire. En Méditerrranée occidentale.

« L'écriture étrusque. D'après les inscriptions du VIIe s. av. J.-C. », D. Briquel
« Lettrés et illettrés dans la Rome antique. L'importance sociale, politique et culturelle de l'écriture », M. Dubuisson
« Les lettres grecques à Carthage », V. Krings
« The Phoenician Origin of the Early Hispanic Scripts », J. de Hoz
« Writing and Problems of Acculturation in Tartessos », C.G. Wagner
« Un abecedario greco su un ostracon di Mozia », G. Falsone, A.-G. Calascibetta

VII. Aujourd'hui

« Entre l'oral et l'écrit : le berbère », L. Galand
« L'hébreu : écriture et culture », M. Hadas Lebel

Conclusions :

« Lire et écrire en Méditerranée », P. Lévêque

 

Visible Speech: The Diverse Oneness of Writing Systems, John DeFrancis (1989)

 

Le sous-titre indique l'unité de perspective que l'ouvrage entend donner de l'écriture en la liant de manière essentielle à la parole. Le cas de l'écriture chinoise, réputée idéographique, devient alors crucial.

L'image de couverture met sur le même plan diverses formes de visibilisation de la parole.

Table des matières

Un extrait significatif, sur le cas de l'écriture chinoise

On peut voir la proposition comme une généralisation de la tentative de Gelb, qui accordait à la syllabe une place centrale dans la caractérisation des premières écritures véritables, ce qui contestatit déjà la notion d'idéogramme : Gelb interprétait ces signes comme logo-syllabiques. De Francis, spécialiste de l'écriture chinoise, les classe parmi les signes de syllabes.

 

Les savoirs de l'écriture en Grèce ancienne (éd. Marcel Detienne) (1988)

 

Les « savoirs de l’écriture » : il ne s’agit pas ce que nous savons de l’écriture grecque (l’écriture comme objet du savoir), mais des savoirs dus à l’écriture (les savoirs comme objets de l’écriture). L’écriture est envisagée comme « manière de penser » (10), produisant de « nouveaux objets », dont la table des matières donne un aperçu :

« L'écriture et ses nouveaux objets intellectuels en Grèce », Marcel Detienne

I. Le champs du pouvoir

« L'espace de la publicité et ses opérateurs intellectuels dans la cité », Marcel Detienne
« Au début de l'écriture politique : le pouvoir de l'écrit dans la cité », François Ruzé
« Solon et la voix de l'écrit », Nicole Loraux
« Aux origines de la codification écrite de la loi », Giorgio Camassa 

II. Du tribunal aux archives

« Marchands, économie et techniques d'écriture », Mario Lombardo
« Écriture et pratique juridique dans la Grèce classique », Alberto Maffi
« Discours écrit/discours réel chez Démosthène », Luciano Canfora
« Manières d'archivage et archives de cité », Stelle Georgoudi

III. Savoirs et objets

« La démonstration géométrique », Giuseppe Cambiano
« Inscrire la terre habitée sur une tablette. Réflexions sur la fonction de la carte géographique en Grèce ancienne », Christian Jacob
« Le style d'Hippocrate ou l'écriture fondatrice de la médecine », Jackie Pigeaud
« Vérité, tragédie et écriture », Charles Segal
« Le comédie face à l'écrit », Diego Lanza

IV. Platon en mal d'écriture

« Dans l'ombre de Thoth, Dynamique de l'écriture chez Platon », Mario Vegetti
« L'art platonicien d'avoir l'air d'écrire », Patrice Loraux

V. Entre le scripteur et les statues écrites

« J'écris, donc je m'efface. L'énonciation dans les premières inscriptions grecques », Jesper Svenbro
« Inscriptions archaïques sur les statues des dieux », Pietro Pucci

L'ouvrage n'a pas reçu l'écho qu'il méritait, paraissant au moment du reflux de la grammatologie : la critique de l'alphabétocentrisme de Gelb a atteint les travaux de Havelock et de Goody. L'introduction témoigne de cet embarras, voulant à la fois refuser le « grand partage entre sociétés à tradition orale et sociétés à écriture » et justifier les « possibilités nouvelles » offertes à l'intellect.

C'est le défi qu'il reste à relever : penser la formidable efflorescence de ce temps sans parler de "miracle". Comment éviter de trouver miraculeuse l'écriture qui a permis le "miracle grec".

 

Pour une théorie de la langue écrite, dir. Nina Catach (1988)

Actes de la table ronde internationale C.N.R.S.-H.E.S.O., Paris, 23-24 octobre 1986

Le titre se réfère, en s'en démarquant, à celui de la traduction française de l'ouvrage de Gelb (Pour une théorie de l'écriture) qui entendait fonder une "grammatologie". Il s'agit ici de proposer une "graphémologie générale" (p.24) : le déplacement principal est que l'alphabet présumé phonétique n'est plus le centre de référence de la pensée générale de l'écriture puisque que toute écriture, la nôtre par exemple, est un "plurisystème", c'est-à-dire une écriture de sens aussi bien que de son. Le phonétique n'étant plus le fondement unique du graphème, c'est la langue écrite dans son ensemble (et non plus les signes d'écriture en référence aux seuls sons) qui devient l'objet de la théorie.

 

La statue de Tell Fekherye (1982)

Etude (par Ali Abou-Assaf, Pierre Bordreuil et Alan R. Millard) d'une statue découverte en 1979, remarquable, à plusieurs titres :
- par sa double inscription en bon état : de face et de dos,
- par les deux langues : assyrienne et araméenne,
- par les deux écritures : syllabaire cunéiforme et alphabet (ou abjad) cananéen,
- par la date : milieu du -IXème siècle, ce qui constitue l'un des plus anciens documents araméens (la datation présente de plus l'intérêt d'être fiable),
- par sa provenance : Tell Fekherye, au nord-est de la Syrie, ce qui témoigne de l'extension de l'écriture cananéenne.
- par l'usage de matres lectionis : usage vocalique de consonnes (waw et yod surtout), un peu avant l'apparition (supposée) de l'alphabet grec.

 

Abécédaire d'Izbet Sartah (1976)

Un document exhumé en 1976 présente des caractères alphabétiques sur 5 lignes, la 5ème étant plus particulièrement encore un abécédaire.

Souvent conçu comme un travail d'écolier à cause de ce qui semble être des maladresses, c'est davantage sa datation qui fait son intérêt, puisqu'il pourrait remonter jusqu'à -1200. Cette datation haute est cependant controversée, et donc aussi les conclusions qu'on pourrait en dégager (voir Sass en 2008 plus haut).

Moshe Kochavi, “An Ostracon of the Period of the Judges from ‘Izbet Sartah,” Tel Aviv 4, 1977, 1-13

William H. Shea, "The 'Izbet Sartah Ostracon" Andrews University Seminary Studies, Vol. 28, No. 1, 1990, 59-86, disponible en ligne.

 

"De la grammatologie", Derrida, 1965

 

L'article de Derrida, publié dans deux numéros de Critique, sera repris comme première partie et "matrice théorique" dans De la grammatologie, en 1967, qui y adjoindra une longue étude de l'Essai sur l'origine des langues de Rouseau, précédée d'un texte sur la "leçon d'écriture" dans Tristes tropiques de Lévi-Strauss.

L'article est d'une audace théorique étourdissante par l'ampleur de la tâche qu'il se donne. Il y est montré à quel point la pensée philosophique (et tout ce qu'elle informe) est liée à la méconnaissance de ce qu'elle doit à l'écriture, ce qui produit l'ethnocentrisme le plus redoutable, puisque cette pensée croit accéder à l'inconditionné.
A une période qui a voulu revaloriser l'oralité contre l'écriture, Derrida conteste cette nouvelle hiérarchisation, qui ne voit pas à quel point elle reconduit le principe hiérarchique qu'elle croit renverser.

 

A Study of Writing, The Foundations of Grammatology, I. J. Gelb (1952) (2e ed. 1963)

traduction française : Pour une théorie de l'écriture, 1973

Théorie générale de l'écriture, qui entend s'élever au-dessus des simples descrptions empiriques, en une radicalité théorique comparable à celle de Saussure.

Le tableau général présente des perspectives originales et stimulantes, mais aussi un alphabétotélisme incontestable et problématique : l'alphabet grec y est présenté comme l'accomplissement même de l'écriture.

Quelques réflexions sur cette ambivalence.